Le partenariat avec les élus


L’accompagnement des élus a été une préoccupation constante.
Notre préoccupation centrale est la transmission des mémoires. En témoignent quelques-uns des titres de nos documentaires : Paroles d’Anciens, Transmissions, Passeurs de mémoire…
C’est ainsi que nous sommes amenés, par exemple, à reconstituer le périple qui a amené une famille d’Italie à Sainte-Geneviève-des-Bois, ce qu’il en reste dans la mémoire d’un descendant, comment cette part de lui-même se traduit par son implication dans un projet artistique avec de jeunes gens de la ville…
Parfois, l’entreprise comporte des risques. Il y en effet des mémoires qui n’ont pas encore eu droit de cité. Il s’agit des épisodes de l’Histoire de France qui ont conduit à des conflits entre le pays et des populations de pays colonisés, populations dont sont issus des millions de membres de la communauté nationale. Nous savons que ce travail que nous faisons n’est pas anodin. Quand on soulève le couvercle au-dessous duquel gisent des malentendus, des non-dits, il y a un risque que cette initiative, si elle est mal préparée, mal conduite, débouche sur un surcroît de ressentiment, voire de haine.
Notre propos est précisément d’en faire un moyen de sortir par le haut de la crise larvée qui secoue la société française, crise dont les ressorts sont à chercher du côté de l’occultation des mémoires, occultation qui conduit nombre de jeunes gens "issus de l’immigration" à établir un continuum entre leur propre histoire et celle de leurs aïeux, colonisés ou réduits en esclavage. Nous pensons, avec bien d’autres, que cette crise est porteuse de violence. Si on ne fait pas droit à la demande que porte une partie de la communauté française, qui consiste à éclairer certains recoins de la mémoire nationale, on la subira. Pour l’éviter, plutôt que de "s’asseoir sur le couvercle de la marmite", il faut accompagner son ouverture afin de s’assurer, non seulement qu’elle se fasse sans dégâts, mais qu’elle soit le prélude à un apaisement des relations sociales et la fin des discriminations.
Travailler sur des sujets moins épineux en même temps est aussi un choix. Il arrive toujours que les acteurs de nos différents documents se retrouvent dans un atelier commun. La conversation est alors d’une très grande richesse. Issus d’Italie, des Antilles, d’Afrique, des banlieues de nos villes, ils trouvent rapidement un langage commun qui est celui du vivre-ensemble.
C’est pourquoi nous avons choisi de travailler en étroite collaboration avec les élus des villes où nous exerçons nos activités. Même si le dialogue n’est pas toujours facile, il est toujours riche et fécond. Beaucoup d’entre eux ont participé aux ateliers de parole, s’y sont exprimé, y ont écouté. Ils ont pu ainsi avoir accès à une parole « vraie » ; peut-être leur perception, leur vision, leur démarche en a-t-elle été affectée ? Saluons ici cette présence et la permanence de leur soutien dont on peut apprécier la qualité et la densité à travers le paragraphe ci-dessous.
A des degrés divers, mais toujours de manière significative, nous avons bénéficié de l’appui du Conseil Régional d’Ile-de-France ainsi que de celui des Conseils Généraux de l’Essonne et du Val-de-Marne. Par ailleurs, nous avons aussi bénéficié du concours des conseils municipaux des villes de Sainte-Geneviève-des-Bois, d’Athis-Mons, d’Ivry, de Bonneuil, de Corbeil…
Cette collaboration s’est traduite par une série de films documentaires. Les regarder permet de se faire une idée de l’atmosphère qui a présidé aux ateliers de parole que nous avons organisés tout au long de ces années avec les habitants, les élus et des intellectuels. Un élément commun à toutes ces rencontres : L’absence à la fois de complaisance et de rancœur ; aucun sujet n’était tabou, pas question de censure. La seule exigence que nous avons formulée est la sérénité. Nous avons eu des prises de parole passionnées, mais jamais vindicatives.
S’il nous fallait résumer d’une phrase l’adresse de ces jeunes, lycéens, universitaires, rappeurs, danseurs, poètes…, aux autorités de leur ville et au-delà, c’est plutôt "Pas assez de France" que "Trop de France".


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